19.11.2007
La Vie intérieure de Martin Frost, ou comment ne plus être dans le coup

Quand j'y pense, ça me désole.
Moi qui pendant longtemps ai toujours été à l'affût des films à venir, des nouvelles sorties (ça remonte à loin, de ma période adolescente-abonnée-à-Studio-qui-méprisait-Première à ma découverte de la blogosphère cinéphile), je suis tombée nez à nez hier devant l'affiche du nouveau film de Paul Auster, La Vie intérieure de Martin Frost, sorti dans les salles mercredi dernier, et dont je n'avais absolument pas entendu parler. Une vraie bonne surprise, un petit plaisir à savourer en ces temps chargés de grève.
Parce que Paul Auster, ça fait à peu près un an que je projette de vous rédiger un post sur lui, et plus précisément sur Le Livre des Illusions, ouvrage cinématographique s'il en est, ou vibrant hymne au 7e art. J'ai encore des souvenirs à la fois amusés et terrifiés de l'incipit, que j'ai lu lors au décollage d'un vol Paris-Rome, et dans lequel le narrateur relate l'accident mortel de sa femme et de ses deux enfants dans un accident d'avion.
Le Livre des Illusions, c'est l'histoire d'un écrivain qui, anéanti par le décès de son épouse et de ses deux enfants, retrouve le goût de vivre en découvrant par hasard un acteur du cinéma muet, Hector Mann, totalement tombé dans l'oubli, auquel il décide de consacrer une étude. Il apprend quelques temps après, par une mystérieuse lettre, qu'Hector Mann sur son lit de mort, souhaite le rencontrer.
Histoire dans l'histoire, La Vie intérieure de Martin Frost constitue l'un des films réalisés et joués par Hector Mann, et plus exactement le seul moyen-métrage que le narrateur a l'occasion de visionner en entier. L'histoire nous est intégralement racontée par Paul Auster en 31 pages (éd. Le Livre de Poche, Paris 2002), en un style parfois descriptif, parfois proche du script de cinéma. Les indications y sont très précises, l'on se croit presque dans une salle obscure, et ces pages sont pour Auster l'occasion d'exprimer brièvement son esthétique du cinéma (art auquel il a déjà eu l'occasion de se confronter en tant que scénariste et réalisateur de Brooklyn Boogie, Lulu on the Bridge).
En voici un extrait :
"L'image se fond au noir. Quand l'action reprend, c'est le matin. un gros plan du visage de Martin le montre endormi, la tête reposant sur un oreiller. Le soleil entre à flots par les fentes des persiennes et, pendant que nous regardons Martin ouvrir les yeux et s'éveiller à grand-peine, la caméra recule, révélant quelque chose qui ne peut être vrai, qui défie les lois du bon sens. Martin n'a pas passé la nuit seul. Il y a une femme au lit avec lui, et tandis que la caméra poursuit son mouvement de recul dans la pièce, nous voyons cette femme en train de dormir sousl es couvertures, pelotonnée sur le flanc et tournée vers Martin - sur le torse de qui son bras gauche repose négligemment -, ses longs cheveux noirs éparpillés sur un deuxième oreiller. Emergeant peu à peu de sa torpeur, Martin remarque le bas nu étendu en travers de sa poitrine, prend conscience du fait que ce bras est attaché à un corps et se dresse dans le lit avec l'expression de quelqu'un qui vient de recevoir un choc électrique.
Bousculée par ces mouvements soudains, la jeune femme grogne, s'enfonce la tête dans l'oreiller et puis ouvre les yeux. D'abord, elle ne paraît pas s'apercevoir de la présence de Martin. Encore ensommeillée, luttant encore pour revenir à elle, elle se laisse rouler sur le dos et baîlle. En écartant les bras, elle effleure de sa main droite le corps de Martin. Rien ne se passe pendant une seconde ou deux et puis, très lentement, elle s'assied, contemple le visage embarrassé et horrifié de Martin, et hurle. L'instant d'après, elle repousse les couvertures, saute du lit et se rue à travers la chambre dans une frénésie de peur et de gêne. Elle est nue. Sans un voile, sans un fil, sans la moindre suggestion d'une ombre protectrice. Sensationnelle dans sa nudité, avec ses seins et son ventre nus bien en face de la caméra, elle fonce vers l'objectif, attrape sa robe de chambre sur le dos d'une chaise et enfonce précipitamment ses bras dans les manches."
Le site d'Allociné propose un extrait du film ici. J'ai commencé à le visionner, puis me suis arrêtée en cours. En découvrant que l'actrice, dans cette scène, n'est pas nue, et qu'elle ne se précipite pas vers sa robe de chambre pour l'enfiler. Détail, me direz-vous. Distance et distorsion irrémédiables entre une oeuvre et son adaptation. Mais tout de même, on a là un dénominateur de taille entre le roman et le film. Tous deux ont le même auteur. Et cette scène était décrite de manière si détaillée et réaliste dans le roman. Alors je m'interroge. Et vous quitte derechef pour aller voir le film !
La Vie intérieure de Martin Frost, Paul Auster
MK2 Beaubourg : tous les jours en version originale, 11h40, 13h40, 15h40, 17h40, 19h40, 21h40
Saint-André des Arts : tous les jours en version originale, 14h15, 16h15, 18h15, 20h10, 22h10
Les Sept Parnassiens : tous les jours en version originale, 11h30, 13h30, 15h30, 17h30, 19h30, 21h30
16:50 Publié dans Film, Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : auster, martin frost
30.10.2007
Broderies, Marjane Satrapi

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20.10.2007
Panique au Mangin Palace
17:00 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : panique au mangin palace, france inter, philippe collin
18.10.2007
Jour de grève
17:00 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : greve
16.10.2007
Expositions de rentrée (tome 3)
Design contre design

Galerie du Grand Palais
75008 Paris
Métro Franklin-Roosevelt ou Champs-Elysées-Clémenceau
du 26 septembre 2007 au 7 janvier 2008
tous les jours sauf mardi
17:00 Publié dans Expos et musées | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : design contre design, grand palais



